GRAINES D’UNE BRETAGNE D’AVENIR

 

J’ai lu Graines d’une Bretagne d’Avenir, un ouvrage collectif publié sous la direction d’Emmanuel Antoine et de Xavier Hamon aux éditions Locus Solus.

L’objectif de ce petit livre est de présenter ce qui se cache derrière la campagne « Graines d’une Bretagne d’Avenir » mise en place par Minga, l’Alliance Slow Food des Cuisiniers, le Groupement des Agriculteurs Biologiques du Finistère et le Syndicat des artisans semenciers. Leur but est simple, il s’agit de promouvoir les variétés-populations auprès des agriculteurs et des jardiniers professionnels et amateurs. Pour présenter leur démarche, ils ont donc édité un ouvrage collectif qui rassemble plusieurs textes écrits par des personnes ayant des profils très différents mais tous engagés dans la défense d’une cuisine durable et responsable.

La préface, co-écrite par Xavier Hamon et Olivier Roellinger, recontextualise la place des semences dans l’alimentation et rappelle que « les semences nous renvoient à la question de notre alimentation et de l’héritage confié par les générations qui nous ont précédés ». Ils reviennent sur la nécessité de mettre en place une réflexion sur le métier de cuisinier : « les cuisiniers que nous sommes ont besoin de s’interroger sur le sens de leur métier, des pratiques agricoles et de leur impact sur ceux qu’ils nourrissent. » Réflexion d’autant plus fondamentale que « l’agro-industrie a fait un travail de fond depuis les années 50, en commun avec les mastodontes de la grande distribution, pour isoler les citoyens comme les cuisiniers de la terre, de la mer, de la vigne. »

Une introduction didactique écrite par Sabine Caron et Emmanuel Antoine (représentants de Minga) revient sur les semences de variétés-populations et rappelle que c’est le remplacement de ces semences par des semences élaborées en laboratoire au XXème siècle qui a « conduit à ce que notre alimentation soit de plus en plus standardisée, contribuant à l’érosion alarmante de la biodiversité. » Ils soulignent aussi combien le fait de cultiver aujourd’hui ces variétés-populations traduit un engagement concret dans « une révolution anthropologique, où l’économie se pense à partir des connaissances et des pratiques scientifiques et professionnelles qui permettent une meilleure compréhension du vivant.[…] »

Différents articles se succèdent ensuite et nourrissent la réflexion en multipliant les points de vue :

  • Jean-Luc Brault (Syndicat des Artisans Semenciers) explique la réalité du métier d’artisan semencier depuis son ancrage historique jusqu’au métier tel qu’il se pratique à nouveau aujourd’hui.
  • Véronique Chable (INRA) explique en quoi le vivant invite à un renouvellement des sciences du vivant.
  • Sabine Caron et Emmanuel Antoine reviennent sur l’histoire de l’agriculture biologique en rappelant dans quelle mesure c’est un projet de société ; ils expliquent pour quelles raisons « il faut s’engager dans tous les territoires à promouvoir le développement de variétés populations librement reproductibles dans la diversité des écosystèmes, des sols, au plus près des lieux de productions. »
  • Stéphane Poupon (ancien président de GAB29) fait le point sur le maraîchage en Finistère.
  • Xavier Hamon (ancien président Slow Food des cuisiniers) signe un texte intitulé La Graine et le cuisinierdans lequel il interroge le rapport au vivant des cuisiniers. « Quel est le rapport entre l’homme, l’animal et le végétal ? Quel regard portons-nous sur l’animal et le végétal que nous allons préparer, cuire, façonner, présenter, dresser, servir tout au long de notre vie de cuisinier ? D’où viennent les produits qui rentrent dans notre cuisine, de quelle logique agronomique ? De quels circuits économiques ? A quelle conception du vivant répondent-ils ? Y a-t-il aujourd’hui un apprentissage qui nous permet de faire des choix en conscience ou sommes-nous encore soumis d’embarquer à bord de filières « prêtes à l’emploi » sans les interroger ? »

Et pour ouvrir les perspectives, Daniel Jeanneteau propose un texte intitulé Notre Présent dans lequel il fait des ponts avec l’univers du théâtre qui questionne et travaille sans cesse le rapport au présent et la culture. Ainsi écrit-il : « Voir cultiver des variétés capables de s’adapter aux spécificités des territoires, des climats, des modes de production et des attentes contemporaines, c’est un projet qui interroge nécessairement notre rapport à la vie, au fait d’être vivant et c’est bien en cela un projet de culture. » Cela fait écho à ce que soulignent à juste titre Sabine Caron et Emmanuel Antoine dans l’introduction quand ils disent qu’il est fondamental de « considérer tous les métiers de l’alimentation comme des créateurs d’une culture contemporaine, enracinés dans le présent afin de cultiver nos avenirs ».
Enfin, en conclusion de l’ouvrage et pour inviter le lecteur à passer à la pratique, quelques recettes viennent mettre en lumière les légumes issus des graines des collections « Graines d’une Bretagne d’Avenir » et « Graines d’un Paris d’Avenir ».

https://www.locus-solus.fr/product-page/graines-d-une-bretagne-d-avenir

https://slowfood.fr/alliance-cuisiniers-reseau-slow-food-restaurants-produits-locaux-alimentation-biodiversite/

http://www.minga.net

https://www.agrobio-bretagne.org/gab-29/

https://www.theatre2gennevilliers.com

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